La biodiversité, c’est la santé (parution Libération, 01/05/2020)

 

Cet article très détaillé sur le lien entre biodiversité et santé cite Philippe Walch, membre actif de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé”

Intro : Filtration de la pollution dans l’eau et l’air, régulation du climat, bienfaits psychiatriques, lutte contre les épidémies… la nature rend une multitude de services, souvent ignorés, aux humains. Autant d’arguments pour la préserver.

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Du jardinage à la médiation artistique : Engagement du corps, instant présent, trace éphémère.

par Isabelle Geffray, membre ACTIF

Paysagiste dplg et médiatrice artistique, Brest (29)

Texte extrait du mémoire de fin d’études de médiateur artistique en relation d’aide – Isabelle Geffray – septembre 2019.

J’ai vécu à la campagne et mon enfance est baignée d’odeurs de foin, d’herbe fraiche et de feu de cheminée.

Mes études pour devenir paysagiste sont apparues comme une évidence, en terminale. Huit ans après, j’obtiens mon diplôme de paysagiste dplg, qui me permet d’exercer ce métier depuis 16 ans.

En mars 2017, une formation d’une semaine sur l’horti-thérapie à Marseille me permet d’entrevoir les bienfaits du jardinage à visée thérapeutique. Puis je commence en septembre 2017 une formation de médiatrice artistique en relation d’aide, avec la conviction que les jardins peuvent aider les gens à prendre soin d’eux-mêmes, à améliorer leur bien-être et leur santé, à réaliser des projets, à donner un sens à leur vie à travers une activité artistique en rapport avec la nature. J’obtiens mon diplôme en septembre 2019.

Un jardin à visée thérapeutique améliore le cadre de vie, encourage la stimulation des sens, facilite la venue des proches, favorise le lien social.

L’objectif d’un jardin à visée thérapeutique est de stimuler les fonctions cognitives des personnes atteintes dans ce domaine: le jardin a des effets bénéfiques de réhabilitation cognitive (stimulation de la mémoire sémantique grâce à la saisonnalité du lieu).

Il permet aux personnes de montrer que, malgré la maladie, le handicap, la perte d’autonomie, elles ont toujours la capacité de faire des choses, d’être créatives. « La maladie, c’est ce qui nous rend absent. Le jardin est une stratégie de la présence. » (1)

Ce type de jardin trouve des points communs avec la médiation artistique.

Ces jardins offrent un espace où se rejoignent le sentiment d’être en sécurité et le sentiment de liberté. Ils offrent un cadre, comme en atelier de médiation artistique, support de sensations, support d’activités, support de création, support de liens, support d’échanges.

Ces jardins sont conçus pour que plusieurs usages coexistent : comme dans un atelier de médiation, il y a un espace qui sert de sas d’entrée, l’espace de travail, l’espace des outils (du matériel), l’espace de repos (de la parole), etc…

La pratique du jardinage permet :

– de réengager des sensations,

– de mettre le corps en mouvement (engagement physique),

– d’amener à la réalité de l’instant,

– de déposer une trace et quelque chose de soi.

mon jardin

La notion d’éphémère renvoie au sentiment d’existence, à la finitude et à l’acceptation de son état de mortel. Le jardinage et le land-art (2) sont intégrés dans le cycle de la vie. L’œuvre créée, comme les plantes, sont éphémères. La mort fait partie du processus de création, du processus de la vie.

Par la pratique du jardinage ou le contact avec des éléments naturels, les personnes accompagnées réengagent des gestes connus.

Le jardin sert de cadre, offre la possibilité de créer des liens dans un groupe et d’un groupe à un autre, permet un ancrage espace-temps et une ouverture aux émotions.

La médiation artistique en lien avec la Nature fait naître le plaisir d’être absolument présent au moment vécu, à ses sensations, à ses gestes et aux autres. La présence d’un jardin au sein d’une institution est une chance.

Un jardin ouvert et clos en même temps, protégé du regard extérieur, un jardin-médiation, intermédiaire entre nous et le monde.

Un jardin qui ouvre à la création.

Un jardin qui crée des liens.

Un jardin qui stimule les sens.

Un jardin qui met en mouvement, qui permet de mettre le corps en rapport avec l’espace et de se raccrocher au temps qui passe.

Un jardin qui laisse place à l’imprévu.

Dans un atelier de médiation artistique …

…où l’on cherche à permettre à chaque membre du groupe de se réaccorder à son propre rythme, à favoriser les ponts entre l’extérieur et les résonances intérieures grâce à l’approche avec la matière, les qualités d’une médiation au jardin favorisent :

– un accès immédiat à la matière comme amorce du processus créatif,

– un engagement du corps par la marche, le glanage,

– un ancrage dans l’instant présent.

Cela nécessite d’être perméable à ce qui nous entoure. Cela demande un certain rapport au monde, une présence à l’instant, une disponibilité du corps et de l’esprit.

La conception occidentale de l’individu repose sur le volontarisme, sur la maitrise de soi, de la connaissance, sur une conscience de soi permanente. Cette conception laisse peu de place aux sensations, à l’expérience, à l’incertitude, au lâcher prise. Elle oppose intériorité et extériorité. Elle ne valorise pas l’attention aux choses.

Or, c’est l’attention aux choses qui déclenche le processus créatif, dans cette idée de « surgissement » : laisser les choses surgir en soi.

Quand on accompagne des personnes en création, il est nécessaire de concevoir positivement la non maîtrise sur le flux des choses. Il faut être prêt à accueillir l’instant.

Soyons donc prêts, chaque jour, à accueillir l’instant.

« Ne rien prévoir sinon l’imprévisible, ne rien attendre sinon l’inattendu » (3).

(1) Jean Paul Ribes, écrivain, jardinier, président de l’association « Belles plantes » qui s’est donnée pour but de promouvoir le jardinage et l’art du jardin au service de l’intérêt commun et en particulier par la création de jardins de soin dans les institutions qui prennent en charge les personnes malades ou handicapées.

(2) Le land art, littéralement l’art pratiqué dans et avec la nature, est un mouvement artistique apparu dans les années 60 aux Etats-Unis.

(3) Christian Bobin.

Formation aux métiers de médiateur artistique et art-thérapeute

Le médiateur artistique en relation d’aide met en place des ateliers de création artistique dans des milieux ou des contextes « difficiles » dans le but de faciliter, par le biais de la création, l’articulation, les échanges et les liens au sein d’un groupe, d’une population, d’une famille ou d’une organisation. Il est un tiers impartial et indépendant qui tente, à travers des ateliers de création artistique, d’aider à réparer le lien social, à transformer les relations et à favoriser le règlement des conflits. Plusieurs écoles forment au métier de médiateur artistique et art-thérapeute. Isabelle Geffray a réalisé sa formation à l’INECAT (Institut National d’Expression, de Création, d’Art et de Transformation) à Paris. Cette formation comprend 520 heures environ en présentiel pour un cursus de formation avec une dominante artistique (arts plastiques et arts visuels, théâtre, mouvement et danse, écriture et conte, son, chant et musique), sur une durée de 18 à 24 mois et 250 heures de stage environ à réaliser en milieu sociétal. Cette formation est référencée par la FFAT (Fédération Française des Art-thérapeutes) qui référence une partie des formations disponibles aussi bien pour les médiateurs que pour les art-thérapeutes.

Confinement : La nature nous fait du bien…même en photos

En période de confinement : La nature nous fait du bien…même en photos

Pendant le confinement, notre accès à la forêt, au parc ou au jardin est limité, voire interdit. Mais savez-vous qu’une vue sur la nature et même des photos de nature réduisent l’anxiété et le stress ?

Si vos amis vous invitent à partager des images de la mer ou de la nature sur les réseaux sociaux en ce moment, c’est une excellente idée ! Partagez et profitez pleinement de ces photos. Voici pourquoi elles vous aident à mieux supporter les conditions de vie actuelles.

La nature nous fait du bien

Depuis les années 1980, des centaines d’études ont montré que vivre dans un quartier bien fourni en espaces verts, fréquenter la nature, s’émerveiller devant sa beauté, marcher tous nos sens en alerte dans la forêt sont essentiels à notre bonne santé physique et mentale. On a constaté ces bienfaits de la nature aussi bien chez des personnes malades que chez les personnes bien portantes.

Quelques exemples parmi bien d’autres. Dans une étude portant sur 250 000 citadins, des chercheurs hollandais ont montré que ceux qui vivaient dans un rayon de trois kilomètres d’espaces verts se sentaient en meilleure santé (Maas et al. 2006). Au Danemark, une étude sur près d’un million de personnes a établi que la présence d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance diminuait significativement le risque de troubles mentaux à l’adolescence et à l’âge adulte (Engemann, 2019).

En Angleterre, une étude actuellement en cours a déjà montré que passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être pour tous les participants à l’étude, « vieux comme jeunes adultes, hommes et femmes, urbains et campagnards, pauvres comme riches, et même chez ceux atteints d’une maladie à long terme ou d’un handicap. » (White, 2019). Une idée à garder en tête pour après le confinement…

Et on ne vous parle même pas de toutes les études de Qing Li et Miyazaki Yoshifumi au Japon qui ont démontré depuis 20 ans que les bains de forêt ont le pouvoir de renforcer le système immunitaire, de diminuer l’anxiété, la dépression et la colère, de favoriser le sommeil et de réduire le stress en favorisant un état de détente.

La vue de la nature apporte des bienfaits

D’accord, mais en ce moment, nous ne pouvons pas facilement aller nous promener dans les bois ou dans un parc ! Qu’à cela ne tienne, d’autres chercheurs se sont intéressés à la vue de la nature par la fenêtre. Et là aussi, les effets sur notre santé mentale et physique sont étonnants…

Dans une étude pionnière, Ulrich (1984) a montré que des patients ayant subi la même opération chirurgicale avaient une convalescence plus rapide quand ils avaient une vue sur des arbres par leur fenêtre de chambre d’hôpital que lorsqu’ils avaient une vue sur un mur en béton. Il a pu mesurer que les patients avec une vue sur des arbres restaient moins longtemps à l’hôpital, prenaient moins de médicaments contre la douleur, développaient moins de complications et étaient de meilleure humeur. Son étude et d’autres ont poussé depuis plusieurs années des hôpitaux à construire des chambres avec vue sur des jardins. Même chose pour des salles d’attente dans des établissements de santé.

En 1993, Rachel et Stephen Kaplan, deux psychologues environnementaux américains, ont interrogé 1 200 employés de bureau : ceux qui avaient une vue sur des arbres, des buissons ou de grandes pelouses éprouvaient moins de frustration et plus de motivation au travail que ceux qui ne bénéficiaient pas de cette vue. Intuitif peut-être, mais maintenant on en a fait la preuve scientifique.

Les étudiants aussi sont sensibles à une vue de la nature depuis leur chambre. Pour éviter de s’épuiser et conserver la concentration nécessaire pour étudier, ils ont besoin de se ressourcer. Une étude a démontré que les étudiants dont la chambre avait vue sur la nature avaient de meilleures capacités d’attention que les autres (Tennessen et al., 1995). Heureux les confinés qui ont une vue de la nature.

Voici le plafond d’une salle de réveil dans un hôpital de San Francisco. Cette scène de nature «basée sur les résultats de la recherche» est destinée à apaiser les patients qui se réveillent après une opération.

Dans un centre de radiothérapie australien, on propose aussi des photos au plafond des salles de traitement, notamment des photos de nature (le ciel et les arbres de jour ou de nuit), afin de créer un environnement apaisant et positif (Bonett, 1995).

Des photos de nature, ça marche aussi

Nos maisons et appartements n’offrent peut-être pas de ce genre de vue. Et bien la recherche apporte encore des bonnes nouvelles à ceux qui n’ont pas de vue sur la nature. Regarder des photos de nature réduit le stress !

Roger Ulrich, encore lui, a fait une expérience très parlante en 1991. Il a soumis des sujets à un stress, puis il leur a montré deux types d’images : des images de nature ou des images d’un centre commercial et de circulation. D’après vous, qui se remet mieux du stress et voit sa pression artérielle baisser plus vite ? Les sujets qui regardent les images de nature bien sûr.

Dans une étude conduite en 2010, Nanda et ses collaborateurs ont affiché des images sur le salon d’une unité psychiatrique. Ils ont comparé des murs sans aucun art, de l’art abstrait, des tableaux abstraits de la nature et des photos réalistes de la nature.  Seules les photos réalistes de la nature avaient la capacité de réduire les comportements agressifs des patients (et d’économiser plus de 25 000 dollars en anxiolytiques sur une année).

C’est en nous basant sur les nombreuses études conduites aux quatre coins du monde depuis 40 ans que nous, la Fédération Française Jardins Nature et Santé affirmons que la nature, une vue de la nature et des photos de la nature sont en mesure de réduire le stress et l’anxiété pendant cette période de confinement. Une solution qui est à la portée de tout le monde.

Le besoin de nature au-delà du confinement

L’accès à la nature est devenu en ce tournant du troisième millénaire un immense enjeu de santé publique. Il est temps d’inscrire le besoin de nature dans une logique de santé publique soutenue, en premier lieu, par le ministère de la Santé mais également par les ministères de la Jeunesse et des Sports, de l’Education nationale, de l’Agriculture et de l’Ecologie.