Du jardinage à la médiation artistique : Engagement du corps, instant présent, trace éphémère.

par Isabelle Geffray, membre ACTIF

Paysagiste dplg et médiatrice artistique, Brest (29)

Texte extrait du mémoire de fin d’études de médiateur artistique en relation d’aide – Isabelle Geffray – septembre 2019.

J’ai vécu à la campagne et mon enfance est baignée d’odeurs de foin, d’herbe fraiche et de feu de cheminée.

Mes études pour devenir paysagiste sont apparues comme une évidence, en terminale. Huit ans après, j’obtiens mon diplôme de paysagiste dplg, qui me permet d’exercer ce métier depuis 16 ans.

En mars 2017, une formation d’une semaine sur l’horti-thérapie à Marseille me permet d’entrevoir les bienfaits du jardinage à visée thérapeutique. Puis je commence en septembre 2017 une formation de médiatrice artistique en relation d’aide, avec la conviction que les jardins peuvent aider les gens à prendre soin d’eux-mêmes, à améliorer leur bien-être et leur santé, à réaliser des projets, à donner un sens à leur vie à travers une activité artistique en rapport avec la nature. J’obtiens mon diplôme en septembre 2019.

Un jardin à visée thérapeutique améliore le cadre de vie, encourage la stimulation des sens, facilite la venue des proches, favorise le lien social.

L’objectif d’un jardin à visée thérapeutique est de stimuler les fonctions cognitives des personnes atteintes dans ce domaine: le jardin a des effets bénéfiques de réhabilitation cognitive (stimulation de la mémoire sémantique grâce à la saisonnalité du lieu).

Il permet aux personnes de montrer que, malgré la maladie, le handicap, la perte d’autonomie, elles ont toujours la capacité de faire des choses, d’être créatives. « La maladie, c’est ce qui nous rend absent. Le jardin est une stratégie de la présence. » (1)

Ce type de jardin trouve des points communs avec la médiation artistique.

Ces jardins offrent un espace où se rejoignent le sentiment d’être en sécurité et le sentiment de liberté. Ils offrent un cadre, comme en atelier de médiation artistique, support de sensations, support d’activités, support de création, support de liens, support d’échanges.

Ces jardins sont conçus pour que plusieurs usages coexistent : comme dans un atelier de médiation, il y a un espace qui sert de sas d’entrée, l’espace de travail, l’espace des outils (du matériel), l’espace de repos (de la parole), etc…

La pratique du jardinage permet :

– de réengager des sensations,

– de mettre le corps en mouvement (engagement physique),

– d’amener à la réalité de l’instant,

– de déposer une trace et quelque chose de soi.

mon jardin

La notion d’éphémère renvoie au sentiment d’existence, à la finitude et à l’acceptation de son état de mortel. Le jardinage et le land-art (2) sont intégrés dans le cycle de la vie. L’œuvre créée, comme les plantes, sont éphémères. La mort fait partie du processus de création, du processus de la vie.

Par la pratique du jardinage ou le contact avec des éléments naturels, les personnes accompagnées réengagent des gestes connus.

Le jardin sert de cadre, offre la possibilité de créer des liens dans un groupe et d’un groupe à un autre, permet un ancrage espace-temps et une ouverture aux émotions.

La médiation artistique en lien avec la Nature fait naître le plaisir d’être absolument présent au moment vécu, à ses sensations, à ses gestes et aux autres. La présence d’un jardin au sein d’une institution est une chance.

Un jardin ouvert et clos en même temps, protégé du regard extérieur, un jardin-médiation, intermédiaire entre nous et le monde.

Un jardin qui ouvre à la création.

Un jardin qui crée des liens.

Un jardin qui stimule les sens.

Un jardin qui met en mouvement, qui permet de mettre le corps en rapport avec l’espace et de se raccrocher au temps qui passe.

Un jardin qui laisse place à l’imprévu.

Dans un atelier de médiation artistique …

…où l’on cherche à permettre à chaque membre du groupe de se réaccorder à son propre rythme, à favoriser les ponts entre l’extérieur et les résonances intérieures grâce à l’approche avec la matière, les qualités d’une médiation au jardin favorisent :

– un accès immédiat à la matière comme amorce du processus créatif,

– un engagement du corps par la marche, le glanage,

– un ancrage dans l’instant présent.

Cela nécessite d’être perméable à ce qui nous entoure. Cela demande un certain rapport au monde, une présence à l’instant, une disponibilité du corps et de l’esprit.

La conception occidentale de l’individu repose sur le volontarisme, sur la maitrise de soi, de la connaissance, sur une conscience de soi permanente. Cette conception laisse peu de place aux sensations, à l’expérience, à l’incertitude, au lâcher prise. Elle oppose intériorité et extériorité. Elle ne valorise pas l’attention aux choses.

Or, c’est l’attention aux choses qui déclenche le processus créatif, dans cette idée de « surgissement » : laisser les choses surgir en soi.

Quand on accompagne des personnes en création, il est nécessaire de concevoir positivement la non maîtrise sur le flux des choses. Il faut être prêt à accueillir l’instant.

Soyons donc prêts, chaque jour, à accueillir l’instant.

« Ne rien prévoir sinon l’imprévisible, ne rien attendre sinon l’inattendu » (3).

(1) Jean Paul Ribes, écrivain, jardinier, président de l’association « Belles plantes » qui s’est donnée pour but de promouvoir le jardinage et l’art du jardin au service de l’intérêt commun et en particulier par la création de jardins de soin dans les institutions qui prennent en charge les personnes malades ou handicapées.

(2) Le land art, littéralement l’art pratiqué dans et avec la nature, est un mouvement artistique apparu dans les années 60 aux Etats-Unis.

(3) Christian Bobin.

Formation aux métiers de médiateur artistique et art-thérapeute

Le médiateur artistique en relation d’aide met en place des ateliers de création artistique dans des milieux ou des contextes « difficiles » dans le but de faciliter, par le biais de la création, l’articulation, les échanges et les liens au sein d’un groupe, d’une population, d’une famille ou d’une organisation. Il est un tiers impartial et indépendant qui tente, à travers des ateliers de création artistique, d’aider à réparer le lien social, à transformer les relations et à favoriser le règlement des conflits. Plusieurs écoles forment au métier de médiateur artistique et art-thérapeute. Isabelle Geffray a réalisé sa formation à l’INECAT (Institut National d’Expression, de Création, d’Art et de Transformation) à Paris. Cette formation comprend 520 heures environ en présentiel pour un cursus de formation avec une dominante artistique (arts plastiques et arts visuels, théâtre, mouvement et danse, écriture et conte, son, chant et musique), sur une durée de 18 à 24 mois et 250 heures de stage environ à réaliser en milieu sociétal. Cette formation est référencée par la FFAT (Fédération Française des Art-thérapeutes) qui référence une partie des formations disponibles aussi bien pour les médiateurs que pour les art-thérapeutes.

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