L’herbier cyanotype

Réaliser un herbier cyanotype

Jardins, une exposition d’envergure au Grand Palais à Paris au printemps 2017, fut l’occasion de découvrir un certain nombre de procédés, de techniques et d’approches artistiques autour du jardin. Parmi ceux que nous pourrions retenir comme point de départ d’une activité thérapeutique : la pratique photographique dite cyanotype, dont la botaniste et l’illustratrice britannique Anna Atkins fut un précurseur.

Face à la difficulté de dessiner ou de conserver certains espèces botaniques destinée aux herbiers, cette naturaliste met au point l’impression cyanotype à partir de 1843. Il s’agit d’un procédé de photo alternatif. Les images photographiques sont obtenues en posant un spécimen florale sur une feuille de papier enduit d’une solution photosensible et en l’exposant au soleil. L’image blanc sur fond bleu de Prusse se fixe après le lavage à l’eau de la feuille de papier photosensible.

Les étés de grand soleil caniculaire —quand il est préconisé d’éviter de labourer la terre ou de jardiner— sont un très bon moment pour explorer cette technique permettant de renouveler le genre d’activité “herbier”.

Fortement hiérarchisé dans les instructions, il y a plusieurs étapes pour cette activité, mais assez de liberté dans le choix des éléments à manier et à  “photographier” pour être intéressant sur le plan thérapeutique pour plusieurs types des personnes/populations.

L’opportunité de s’exercer sur le plan notamment :

  • Cognitif et physique est visée —la réminiscence, le pouvoir suivre les instructions à une, deux voir plusieurs étapes
  • La motricité fine, la coordination main-oeil.
  • La possibilité d’exercice du choix. En prenant des décisions de type esthétiques, la maîtrise et le locus de contrôle reviennent vers la personne qui crée sa planche d’herbier.
  • Des bénéfices psycho-sociales, comme la re-narcissation ou le fait de fabriquer pour faire don à autrui, pouvant soutenir l’estime de soi, sont éventuellement à observer.

Le matériel dont vous aurez besoin :

  • Papier pré-induit d’une couche de produit photosensible.
  • Planche de verre, ou d’acrylique de la taille du papier
  • Planchette de bois ou de carton au moins de la taille du papier
  • Pinces à dessin
  • Éléments botaniques aplaties ou en 3D
  • Un bac d’eau assez grand pouvant recevoir les feuilles de papier pré-induites

La préparation avant/en amont :

  • Faites une collecte d’éléments de la nature. Cela peut être un travail fait en amont et l’objet d’une autre séance thérapeutique.
  • Vérifier la météo — un jour de grand soleil est préférable, mais un ciel mi-couvert fera l’affaire.
  • Fabriquer des planches d’herbier cyanotype finis, et avant le jour “J”, afin de pouvoir les montrer en exemple, mais surtout afin d’être soi-même à l’aise avec le procédé avant de proposer l’activité.
  • Si besoin, au moins quelques jours avant la séance, fabriquer ses propres feuilles pré- induites. Mais les feuilles disponibles dans le commerce sont de bonnes facture.

Les étapes à suivre :

Expliquer l’activité en illustrant vos propos d’exemple de planches ou d’images de planches déjà faites. Proposer une démonstration complète des étapes principaux. Solliciter les participants sur ce qu’ils observent.

Procéder à la distribution des matériaux —étape par étape si besoin.

(Les participants peuvent distribuer depuis leur place ou venir chercher les matériaux, centralisés sur une table par exemple)

  • Poser le carton qui va servir de support sur son espace de travail.
  • Poser ensuite une feuille de papier photosensible sur le carton, coté bleu-vert vers le haut.
  • Inviter les participants à choisir des éléments à “photographier” dans un troisième temps. •Arranger les éléments sur le papier photosensible directement.
  • Afin d’assurer le contact entre les éléments floraux et la feuille de papier photosensible, recouvrir le tout d’un plaque de verre ou d’acrylique, une fois la composition finie.

Vous avez ainsi 4 “couches” réunis comme en presse (carton, papier enduite, objet, plaque de verre). Des pinces à dessin peuvent être utiles pour maintenir le tout en place le temps de l’exposition.

  • Mettre la presse dehors au soleil, plaque de verre vers le soleil pendant 8 à 10 minutes. (Régler un minuteur de cuisine ou sur téléphone peut devenir un étape en soi).  Le papier pré-enduite va devenir blanche, c’est normale.
  • A la fin du temps d’exposition, rentrez votre presse.
  • Désassemblez votre travail en mettant de coté les éléments floraux, le carton, le verre.
  • Rincer sans trop tarder et pendant 5 minutes les feuilles de papier pré-enduites exposées, en s’assurant que les deux cotes de la feuille s’humidifient. Au contact avec l’eau le papier va devenir bleu.
  • Après 5 minutes sortez les cyanotypes du bac d’eau et laissez sécher les « photographies ». En séchant, les bleus vont progressivement s’intensifier. C’est normale.
  • Faites plusieurs essaies avec des objets divers. Vous pouvez même essayer avec des objets 3D. Mais dans ce cas laissez de coté le verre de votre presse, vous n’allez pas en avoir besoin.

Où trouver le matériel :

Chez :

Si besoin, comment préparer ses propres papiers photo-sensibles?

Si vous ne trouvez pas des papiers pré-induites, vous pouvez en fabriquer.

Il vous faudra des gants, une balance, un récipient en plastique, une tige (en verre de préférence) pour mélanger, de l’eau.

(A) 100g de citrate d’ammonium ferrique (vert) + 400 ml d’eau, compléter ensuite avec de l’eau jusqu’à 500 ml

(B) 40g ferricyanure de potassium (rouge) + 400 ml d’eau, compléter ensuite avec de l’eau jusqu’à 500 ml

Les produits (A) et (B) peuvent être préparés séparément sous lumière ambiante.

Laisser ensuite reposer 24 heures.

On mélange ensuite ces deux produits en l’absence de lumière UV: une pièce éclairée pour une ampoule tungstène (pas d’émission d’UV) convient très bien.

Laisser ensuite reposer 24 heures.

Toujours en l’absence de lumière UV on étale cet émulsion avec un pinceau sur une feuille de papier. Badigeonnez les feuilles avec la solution de cyanotype. Avec un pinceau mousse, étalez la préparation en faisant des bandes de façon horizontale puis verticale, l’essentiel étant qu’il n’y ait pas trop de produit et que l’émulsion soit étalée de façon régulière.

Les papiers qui ont subit une enduction préalable s’y prêtent peu. Il faut choisir plutôt du papier à dessin ou tout autre papier sans traitement de surface et sans acide.

Laisser ensuite sécher 24 heures.

Ranger vos feuilles dans un carton occultant les UV et hors de la lumière jusqu’au besoin.

Tamara Singh, Art-thérapeute/Hortithérapeute, Nature the Arts Within.

Documentaire

La Fédération Jardins Nature & Santé est heureuse de vous présenter le documentaire réalisé par l’association Mosaïque Des Hommes et des Jardins.

Réalisé en partenariat avec NosMémoiresVives et le financement de la CARSAT, le documentaire Jardins d’hier, jardins d’aujourd’hui, met en lumière les récits de jardiniers séniors, bénéficiaires des Ateliers Jardins Adaptés de l’association.

Découvrez des témoignages émouvants de ces jardiniers séniors, de l’évolution des pratiques au jardin et la place de la Nature d’hier à aujourd’hui.

Accéder au documentaire.

Sentier pied-nu

Sentier pied-nu


L’été rime pour beaucoup avec baignade et plage. Qui dit plage, dit pied-nu sur le sable (ou le gazon) et réveil de nos senso-récepteurs placés sur nos voutes plantaires.

Marcher sur le sable ou sur des galets, sur des algues, sur le sable sec puis humide puis détrempé avant de rentrer dans l’eau (plus ou moins froide)… et recommencer le parcours pour regagner sa serviette !
Cet été sur ma plage bretonne j’observe la démarche des uns et des autres et l’attention que chacun porte au contact avec le sol. Certains vont au plus vite dans l’eau, d’autres avancent en regardant le sol. Ils observent avec plaisir ou inquiétude là où ils mettent les pieds.

Il existe en France des sentiers pieds nus comme celui de Chouzy-sur-Cisse dans le Loir-et-Cher.
Loisirs Loire Valley la nature pour tous.

En Belgique je vous recommande l’inégalable sentier de Lieterberg dans le parc national des Hoge Kempen :
Construit sur une ancienne carrière, il bénéficie de dénivelés importants qui ont été mis en valeur par le jeu de nombreux escaliers en bois et en pierre, d’un pont en corde, d’un tunnel et d’une cascade. Le site offre des zones boisées (chêne, bouleau et pin maritime essentiellement) et des prairies. Nous passons de l’ombre à la lumière, du doux (sable, tapis d’aiguille de pin, boue) au plus ou moins piquant (graviers, rocailles, branches), d’être sous les arbres et bien au dessus (belvédère et labyrinthe). Nos pieds passent du sec au mouillé, du boueux, au bain dans l’eau argileuse des flaques et des mares pour finir dans l’eau claire de la cascade.

Voir la vidéo de présentation.

En milieu hospitalier, je connais le “parcours de déambulation extérieure” installé dans le jardin de l’hôpital Bretonneau (Paris 18ème). Les psychomotriciens et les ergothérapeutes l’utilisent pour une rééducation perceptivo motrice. Elle est possible pour les personnes atteinte de déficience de l’organisation du mouvement et de la posture.

Sentier pied nu, un outil d’hortithérapie ou d’écothérapie :

J’ai eu l’occasion d’en fabriquer un éphémère dans un parc, en utilisant ce qu’il y avait sur place pour mieux être en osmose avec le lieu ( branches de différentes tailles, terre, chemin en ciment, gazon, pommes de pins, tas de sable, etc. )

Un groupe de 8 adultes ont participé à cette séance :
– Une personne n’a pas souhaité enlever ses chaussures.
Une autre n’a pas pu marcher pied nu sur la partie en gazon.

L’objectif était de vivre en conscience un temps de connexion avec la nature et notre corps. Pour l’accompagnant l’objectif est de rester attentif au rythme du groupe et d’observer les signes physiques de souffrance et de plaisir de chacun.

Déroulé de l’atelier :

Introduction :
Présentation des photocopies de voute plantaire, schémas et recommandations :
“On va marcher pieds nus.” “Qui ne peut pas ? Y a-t-il des hémophiles dans le groupe ? c’est ok pour chacun ? il y a des questions ? alors déshabillons nos pieds. Nous allons vivre une expérience sensorielle.”

Pendant que les participants se mettent pieds nus, raconter :
– Points de repère 
– “Marcher pieds nus permet d’activer les capteurs sensoriels situés sur la plante
des pieds. Ceux-ci sont particulièrement nombreux et sensibles, or notre mode
de vie quotidien les a endormis et nous rend peu attentifs à ces sensations. Nos
chaussures, chaussons, chaussettes nous coupent de cette zone sensorielle très riche.
En marchant pieds nus, nous allons réactiver ses capteurs sensoriels. Ils sont différents chez chacun donc les sensations seront différentes pour chacun.

Aller pieds nus dehors , c’est sentir la terre et profiter d’une liberté disparue de la vie moderne… Marcher pieds nus c’est aussi changer de rythme, choisir la simplicité, entrer en symbiose avec la nature et éveiller tous ses sens!

Pour cela nous allons sortir par le portail et aller marcher sur des sols différents. Je vous demande de suivre ma voie et le chemin que je vous propose, en restant groupé, dans un rythme lent et sans bruit pour vous centrer sur VOS sensations, pour pouvoir m’entendre et pour capter les bruits extérieurs.

N’hésitez pas à laisser venir des houlala ! aîe ! c’est froid ! c’est chaud ! ça pique ! mais éviter de parler entre vous pour rester à l’écoute de VOS sensations.
Est-ce que chacun est prêt pour cette expérience sensorielle ? on y va ? Quittons notre port d’attache sans peur et sans crispation pour aller nous balader, pied nu.”

30secondes :Je suis bien d’aplomb sur mes deux pieds nus, ancré dans le sol et j’accueille les premières sensations de ce premier matériau, la céramique de la terrasse (froide et lisse).

30secondes: descendre les marches en céramique (équilibre pied nu)

1mn : gravier du jardin (anguleux, piquant peut-être, tout à fait désagréable même). (Je peux choisir de longer le mur et de marcher sur le béton lisse mais nos capteurs seront moins sollicités.)

30secondes : franchir le portail, symbole fort entre l’intérieur et l’ extérieur, entre la maison et la ville, entre le privé et le public.

2mn : gravillons et feuilles mortes .Je reste concentrée sur mon contact avec ce nouveau matériau. Sous bois , lumière très contrastée, taches de lumière.

1mn : deuxième partie du chemin avec moins de graviers, moins de feuilles, plus de lumière.

Mais un seul gravier sous le pied fait plus mal que beaucoup !
En marchant sur le bord, en sortant du chemin principal, je trouverai plus de feuilles, plus de douceurs.

2mn : je sors du sous bois. Open space, lumière. Les pavés du trottoir rafraîchissent nos plantes de pieds. Profitons de cette surface lisse et froide, bien agréable après les graviers.

Je vous propose de vous retourner pour voir le sol que nous avons quitté, le chemin parcouru pied nu. Puis je franchis la rue en asphalte : je ressens sa granulométrie, sa température, sa douceur, son odeur.

Nos pieds arrivent ensuite sur une bande de terre sèche, terre en pleine lumière qui reçoit la pluie et le soleil directement. Terre argileuse élastique quand elle est mouillée, dure quand elle est sèche. Douce à nos pieds.

Silence et arrêt sur nos sensations.

Devant moi une grande étendue de gazon. L’irremplaçable gazon, aire de jeux, de repos, de bien être, gazon accueillant : allons y. J’en profite par mes pieds, mes mains, mes yeux.
( 4mn : on peut s’assoir ou on s’allonger pour sentir ce qui se passe dans nos pieds et le garder en mémoire puis lever haut les bras vers le ciel, respirer, écarter les doigts et les orteils )

Si le gazon est mouillé, on reste debout : respiration. bouger les doigts, les orteils, demi-pointe, talon…

3mn : Repartons ensemble sous les arbres devant nous. Tapis de feuilles, brindilles, fruits du hêtre, les faînes. Plusieurs saisons de feuilles mortes sont sous nos pieds.

Le vent, la pluie, le froid, le chaud, les promeneurs les ont décomposés et inlassablement se forme cette terre végétale , terre des sous-bois riche pour toutes les semences. méditation sur la mère nature, le cycle vie/mort/vie

2mn : Je remonte en biais vers la route. En regardant ce gazon de près, je peux repérer le plantain (Plantago psyllium) délicieux en salade, le bouton d’or (Renonculus repens ), le trèfle blanc (Trifolium albus), et continuer à sentir vivre mes pieds.

2mn : Je retraverse la route et m’enfonce dans le sous-bois. Je vais fouler la terre des taupières, douce et meuble et je passe sur les morceaux de bois mort, sur les creux et les bosses., sur ce matériau mouvant qui masse mes plantes de pieds. Attention à l’équilibre!

2mn : je reprends le chemin vers le portail en essayant de me souvenir de mes sensations à l’aller. Sont-elles les mêmes, plus fortes, moins fortes, plus vives, plus agréables, plus confortables ?

1mn : le portail franchi, je vais à gauche donc encore des graviers puis sur la bache en plastic noire installé sur la petite terrasse : chaude car elle a pris le soleil. Puis sur des cartons par terre installés jusqu’aux marches. Je retrouve les marches de la terrasse et nous voilà revenue avec des pieds libérés le temps d’une ballade.

3mn : je vous invite maintenant à les essuyer et à les rhabiller. Puis debout de sentir nos pieds rhabillés. Je vous propose un cours moment d’échange verbalisé pour clôturer cette séance.

On ressent d’agréable picotement sous les pieds et une chaleur, une énergie neuve qui va perdurer .

Nicole Brès Hortithérapeute, Nature en ville thérapie.