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Actualités de l'Infolettre n°11

Infolettre n°11 - Plante à découvrir

Le lierre, la non-plante-préférée de Sébastien Guéret

Decouvrir LierreLe lierre est là, partout, à tel point qu'on n’y prête généralement pas attention… dans le meilleur des cas, car souvent on va l’arracher, pour installer des « vraies » plantes, décoratives et qui ne vont pas déranger nos beaux jardins bien propres. Petite mise au point en forme de déclaration d’amour, avec Sébastien Guéret, hortithérapeute, dirigeant de Formavert, et membre fondateur de la FFJNS.

Jérôme Rousselle – Tu as choisi de partager avec nous ton intérêt pour le lierre. Je m’attendais à quelque chose de plus exotique de la part d’un heureux habitant de la Vallée de l’Aude ! Pourquoi ce choix ?

Sébastien Guéret – Je n’ai pas une plante préférée, y compris dans le cadre de mes ateliers. C'est comme si tu me demandais ma couleur préférée : je les aime toutes et suivant l'humeur du jour je vais avoir envie de l'une ou l'autre... Mais quand tu m’as parlé de la « plante à découvrir », j’ai tout de suite pensé au lierre pour la simple raison qu’il a mauvaise presse. Moi-même, je l’ai longtemps considéré comme une plante à manier avec beaucoup de précautions. Cela fait assez peu de temps que je sais que ce n’est pas un parasite. Il ne se nourrit pas de la sève des végétaux sur lesquels il évolue et ne les étouffe pas non plus. Non seulement il n’étouffe pas sa plante hôte mais, sans être en symbiose, il en prend soin. Parce qu’il a besoin d’elle, il fait en sorte qu’elle se porte bien. Par exemple, on s’est aperçu que la cime des arbres accueillant le lierre n’est elle-même jamais envahie, pour que l’arbre hôte puisse continuer de bénéficier du soleil. De plus, ses lianes, même les plus épaisses, conservent une élasticité qui permet au lierre de ne pas étrangler son hôte, contrairement par exemple au figuier étrangleur.

Par ailleurs, le lierre apporte une protection thermique à son hôte, en l'isolant du chaud en été et du froid en hiver. Le cycle de vie du lierre est également très intéressant, pour la faune cette fois-ci : avec sa floraison en automne, et sa fructification en hiver, il propose de la nourriture aux insectes et aux oiseaux quand elle se fait rare. Ceux-ci, par leur activité et leur propre cycle de vie, vont à leur tour enrichir le sol au pied de l’arbre hôte du lierre. Il s’agit donc là d’une association vraiment très intéressante pour l’arbre.

Même par rapport aux murs, il n’est pas aussi néfaste qu’on le dit. Bien sûr, il y a le risque que ses tiges pénètrent dans les fissures mais ça ne va pas plus loin et surtout, ce n’est pas lui qui crée les fissures ! D’une certaine façon, il en vient même à tenir le mur sur lequel il pousse. Il en protège les pierres contre le gel et les intempéries et la structure contre l’humidité.

 

Jérôme – Quelle place le lierre occupe-t-il dans ta pratique ?

Sébastien – Il n’a pas de place particulière. Disons que je l’utilise comme symbole. J’ai commencé à pratiquer l’hortithérapie en 2006. Ma grand-mère venait d’entrer en institution et, assez rapidement, j’ai pris conscience que l’activité de jardinage lui faisait du bien. Cela lui apportait un bien-être moteur, mais aussi celui symbolique de faire du bien à la terre. Je n’avais pas de bagage scientifique mais au court de mon parcours de vie j'ai repris conscience des bienfaits sur moi-même de ma relation avec la nature : un lien intime nous unit au végétal. Mon premier objectif en hortithérapie c’est que les bénéficiaires ressentent ça. Et donc, pour moi, appréhender le lierre d’une manière différente, ne plus le considérer comme un nuisible, c’est un symbole du regard qu’on doit avoir sur la nature, et de notre relation à elle. Il porte mon discours sur la prise de conscience de la relation à la nature.  

 

Jérôme – Dans le cadre de Formavert, tu formes des professionnels du paysage, des praticiens de l’hortithérapie mais tu proposes également des activités à l’attention du grand public, notamment des bains de forêt. Ta manière d’animer varie-t-elle selon les publics ?

Sébastien – En règle générale, pas du tout. Ce qui m’intéresse quand je forme des praticiens, c’est de leur faire toucher du doigt ce qu’ils doivent faire avec leurs bénéficiaires. Former n’est pas seulement apporter des connaissances mais faire partager une qualité d’expérience. Je veux que mes interlocuteurs ressentent dans leur corps ce que j’ai à leur transmettre, même  quand c’est une notion intellectuelle. C’est fondamental que les praticiens puissent vivre une expérience, parfois déstabilisante, au cours de laquelle ils vont se retrouver dans la situation de leurs bénéficiaires. Parfois certains ne veulent pas jouer le jeu mais ce n’est pas grave. L’important est qu’ils trouvent leurs propres réponses. À moi de mettre en place les moyens pour les aider à y parvenir à travers leur cheminement personnel. Le savoir magistral doit être distribué au compte-goutte.

Parmi les différents publics auxquels je m’adresse, certains viennent pour faire de la botanique. Et parfois, je ne réponds pas à leurs questions… Mon objectif est qu’ils ne regardent pas les plantes sous un aspect scientifique ou consumériste mais de manière sensible, qu’ils perçoivent ce que provoque chez eux le fait d’entrer en contact avec les végétaux. Peu importe qui on a en face de nous, le principal est d’entrer en contact, de s’apprivoiser l’un l’autre. Ce n’est qu’en fin d’activité, dans le cadre d’un cercle de parole que je vais présenter certaines plantes de manière plus scientifique. Je suis à chaque fois surpris de la réceptivité des professionnels à cette approche. Mes animations sont des prétextes pour qu’ils se mettent en relation avec leur environnement, qu’ils prennent conscience de ce qui les unit au végétal.

Pour les bains de forêt, j’ai un public plus large, pas uniquement composé de professionnels, et cela donne quelque chose de très libre. Le corollaire de cette liberté, c’est la rigueur du processus de préparation et l’évaluation des résultats. Cette préparation permet de mieux improviser. J’ai des thèmes en fonction des saisons, de mon humeur, etc. et je vais les utiliser en fonction de mon intention.

 

Jérôme – Pour en revenir au lierre, tu t’intéresses aussi à ce que cette liane permet, dans le cadre d’activités créatives. Peux-tu nous en dire plus ?

Sébastien – À ce niveau, le lierre est intéressant pour différentes raisons. Les qualités de souplesse et de résistance des tissus de cette liane arborescente rendent très propice son utilisation en décoration, pour des chemin de table, des décorations florales, des couronnes ou même des déguisements. De plus, c’est un végétal persistant, disponible en toute saison, avec des feuilles qui résistent bien à la sécheresse et vont conserver leurs qualités esthétiques très longtemps. De manière un peu plus pointue, et qui demande un équipement particulier, Aïdée Bernard, ma compagne, artiste plasticienne, l’utilise dans ses créations sous forme de papier végétal ou de dentelle à la fois extrêmement délicate et résistante.

 

Fiche d’identité

Nom commun : lierre

Nom latin : Hedera helix

Famille : Araliacées

Liane arbustive à feuillage persistant poussant de manière spontanée en zone tempérée, notamment en France. Il est à noter que le lierre ne fleurit et ne fructifie (attention, baies toxiques pour les humains) que sur ses parties aériennes. En dehors de l’espèce botanique, il existe de nombreuses variétés horticoles sélectionnées pour leurs qualités décoratives ou de croissance.

Sébastien Guéret, Formavert : https://formavert.com/

Aïdée Bernard, La Camigraphie expressive : https://www.camigraphie.org/