







Depuis l'an dernier, le jardin de plantes médicinales et toxiques des facultés de Médecine et Pharmacie de l’Université Grenoble Alpes accueille un jardin spécifiquement dédié aux plantes médicinales asiatiques. Le Dr Manon Paul-Traversaz, directrice du Jardin Dominique Villars, nous en présente la genèse, les objectifs et les perspectives.
Jérôme Rousselle – Pouvez-vous nous présenter le contexte, ce Jardin Dominique Villars ?
Manon Paul-Traversaz – Ce jardin botanique a été créé en 2014, à l'emplacement de l'ancien jardin botanique devenu par la suite le site des facultés de Médecine et de Pharmacie de Grenoble. Il a été baptisé ainsi en l'honneur de Dominique Villars, médecin botaniste de la fin du XVIIIe siècle, spécialiste des plantes médicinales et à l'origine du jardin botanique initial. L'objectif premier de ce jardin est de présenter des plantes médicinales dans le cadre d'une démarche rousseauiste d’apprentissage en extérieur plutôt qu’en salle.
Jérôme – Qu'est-ce qui vous a conduit à vouloir y créer un jardin de plantes médicinales asiatiques ?
Manon – Au départ, j'ai une longue histoire avec les plantes, une histoire intime même puisque l'amour des plantes fut au cœur de ma relation avec ma grand-mère. Par la suite, mes études pour devenir pharmacienne m'ont permis de retrouver le lien avec les plantes, et plus encore quand il s'est agi de rédiger ma thèse à l'occasion de laquelle j’ai découvert la médecine traditionnelle japonaise Kampo, basée sur l'utilisation des plantes médicinales, quasiment inconnue en France. J’ai été frappée par son intégration à la médecine contemporaine de ce pays. J’ai travaillé deux ans sur ce sujet, puis me suis installée à Chamonix en tant que pharmacienne. En parallèle, j’ai eu l’opportunité de faire des vacations en enseignement. J’ai tellement aimé que ça a bouleversé mes choix professionnels. Je me sentais beaucoup plus utile en tant qu’enseignante qu’en tant que pharmacienne. Mais cela impliquait de nouvelles études qui m'ont conduite à effectuer un stage de recherche à Yokohama, dans le domaine de la phytovigilance, plus précisément sur les effets secondaires de certains ingrédients des médecine traditionnelles : réglisse et Garcinia. Enfin, en 2021, rare privilège, j’ai entamé une thèse en co-tutelle France-Japon à l’Université de Pharmacie de Yokohama.
Aujourd'hui, je suis enseignante et chercheuse (doctorante si publiée avant le 25 juin) à la faculté de Pharmacie de Grenoble, où je m’intéresse particulièrement aux plantes médicinales mais aussi plus largement au lien entre plante et environnement. Convaincue que le jardin était un excellent outil de médiation culturelle et scientifique, j'ai œuvré à la création d'un jardin japonais de plantes médicinales asiatiques dans le cadre du Jardin Dominique Villars. L’idée de la création de ce jardin s’est construite autour de la thématique du soin par les plantes dans le cadre de la médecine Kampo, avec la volonté de favoriser l’enseignement des connaissances s’y rapportant.
Jérôme – Quelles sont les grandes lignes de ce jardin ?
Manon – Il a été pensé pour s’intégrer dans une zone non aménagée du parc en en conservant les arbres et certaines structures. J’ai réalisé les premiers dessins et listes de plantes à mon retour du Japon durant l’hiver 2022 et l’espace a été inauguré en mai. Une attention particulière a été portée à l'intégration dans le site d'éléments emblématiques du jardin japonais (jardins secs, lanternes, pièces d’eau et reliefs). Il comprend une zone d’agrément, à l'ombre des érables en place, avec buttes et bassins, et une autre, plus spécifiquement pédagogique, rassemblant uniquement des espèces médicinales. Avec ce jardin notre objectif est d'offrir un enseignement de base pour les étudiants en pharmacie ou en biologie mais aussi de favoriser la diffusion de connaissances sur les pharmacopées asiatiques auprès des étudiants et professionnels de santé dans le cadre d’enseignements de formation continue.
Jérôme – Et quelles sont les perspectives de ce projet ?
Manon – La remise du prix Malraux dans le cadre du Geste d’Or 2024 a permis de faire connaître ce jardin mais nous sommes toujours en recherche de financement, en particulier pour l’aménagement PMR du jardin, la protection du site, etc. Plus globalement, il y a d’autres jardins thérapeutiques dans l’agglomération grenobloise et je suis en contact avec plusieurs structures pour idéalement les regrouper dans un consortium de lieux de soin par la nature afin que les fonds possiblement alloués puissent être redistribués sur les différents sites. Dès cet été, nous allons privilégier le jardin pour réaliser certains entretiens de soin avec les patients, voire des ateliers de lâcher prise pour les soignants trop sous tension.
Le problème c’est que nous ne sommes que deux personnes pour animer et entretenir le jardin, sans temps ni matériel suffisants, malheureusement. Je m’occupe du jardin sur mon temps personnel, en parallèle à mes activités d’enseignement et de recherche. Nous ne réussissons que partiellement à susciter l'investissement de nos collègues et étudiants car les emplois du temps sont déjà bien chargés. Face à cela, je souhaiterais faire en sorte que ce jardin ait un statut de structure de recherche associée, notamment dans les domaines de l’ergothérapie ou des plantes médicinales. Cela nous permettrait d’obtenir des financements alloués à la recherche et de recruter un permanent, par exemple un apprenti jardinier-médiateur.