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Actualités de l'Infolettre n°12

Infolettre n°13 - Témoignage

À la découverte des bains de forêt

 TÉMOIGNAGES. À la découverte des bains de forêtBain de forêt

À l’occasion de son Assemblée générale 2026, la FFJNS a organisé une table-ronde sur la thématique des Interventions basées sur la nature (1). Jacques Girerd, guide de bains de forêt certifié, nous parle de ces pratiques.

Jérôme Rousselle : Vous avez participé à la table-ronde organisée début janvier. Qu’est-ce qui, selon vous, rend cette question particulièrement d‘actualité en 2026 ?

Jacques Girerd : De mon point de vue, dans le contexte global planétaire de recul de la prise en considération du vivant, de déni des évidences scientifiques en lien avec le climat, et avec le déclin de la biodiversité, les Interventions basées sur la nature (IBN) permettent de faire prendre conscience de ce que les écosystèmes, la nature peuvent apporter au bien-être humain. Ces interventions pointent la réciprocité entre l’humain et la nature : l’attention que l’humain porte à la nature lui permet de bénéficier d’une meilleure santé.

 

J. R. : Quelles différences notoires faites-vous entre thérapie forestière, sortie biophilique, Shinrin Yoku et bains de forêt ?

J. G. : Je commencerais par mettre de côté la notion de « sortie biophilique » car il n’en existe pas, aujourd’hui, une définition claire et déterminée. Ce vocable me paraît complexifier un paysage — celui des IBN — qui a besoin de se structurer pour permettre aux publics d’identifier les pratiques, la teneur des prestations et ce qu’elles sont susceptibles de leur apporter. Je préfère parler d’immersion en nature. 

En revanche, les pratiques appelées « bains de forêt », « Shinrin Yoku » d’une part ou « thérapie forestière » d’autre part, ont bénéficié d’un véritable travail de structuration. Pour répondre à votre question, ce qui les différencie est une opposition entre bien-être et santé, entre préventif et curatif. Côté préventif : les bains de forêt et le Shinrin Yoku, des immersions en nature selon des procédures plus ou moins codifiées et sur un temps long, (journée, week-end, etc.) ; côté curatif : la thérapie forestière qui se fait en collaboration avec des professionnels en établissement de santé, en fonction des pathologies et des symptômes des publics destinataires, à partir desquelles on va construire un programme. Dans tous les cas, le travail se fait sur la base de données scientifiques, en étant en capacité de démontrer les bienfaits procurés par ces pratiques dans des conditions spécifiques (des effets différents selon la durée de la sortie, par exemple).

 

J. R. : Vous-même, quelle est votre pratique et sur quoi travaillez-vous plus précisément ?

J. G. : J’ai été formé au Shinrin Yoku aux États-Unis et propose cette pratique des bains de forêt aux particuliers. D’autres écosystèmes que la forêt procurent également des bienfaits. La proximité de l’eau par exemple, bord de mer, lac, rivière, dégage des ions négatifs qui ont un impact revitalisant sur le système nerveux. D’autres milieux apporteront eux aussi des bénéfices particuliers. Mais le fait est que la recherche a été plus particulièrement poussée sur la forêt. 

Quoi qu’il en soit, les bénéfices qui se manifestent de manière spontanée lors d’une simple exposition à ces milieux peuvent être, pour le participant, la base d’une prise de conscience de son rapport au vivant, au delà de la simple approche sensorielle. Ainsi, dans mes pratiques et évolutions récentes, j’intègre parfois les arts expressifs bruts tels que le Land Art, le dessin, l’écriture ou encore la photo, comme moyens d’intégration et de conscientisation de l’expérience sensorielle. Cela aboutit fréquemment à une compréhension plus fine de son rapport au vivant et peut induire un certain nombre de changements comportementaux par la suite. 

Autre point important pour moi, je dissocie le sensoriel et le mental en deux temps différents. Lors de la sortie, j’invite les participants à se concentrer sur leurs sens, sur ce qu’ils perçoivent. Après, seulement après, lors d’un atelier, on pourra éventuellement échanger sur les connaissances, sur la faune et la flore rencontrées, les milieux et leur fonctionnement. Pendant la sortie proprement dite, ce n’est pas le sujet. On n’est ni sur de la randonnée ni sur une sortie botanique. Ce cadre est précisé au départ, ce qui permet si besoin de le rappeler pendant l’activité. Bien entendu, il convient d‘adapter en fonction des publics concernés mais la capacité à gérer la frustration peut aussi faire partie de la démarche. 

 

J. R. : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce que vous constatez chez les bénéficiaires lors ou après une sortie ?

J. G. : Plusieurs réactions peuvent assez fréquemment être observées à la suite immédiate d’un bain de forêt. Certaines personnes vont se sentir très détendues. D’autres vont exprimer un sentiment de fatigue significatif, voire de lassitude. A contrario, de nombreux participants évoquent une sensation de vitalité, de légèreté. Il y en a qui souhaitent rester en silence pour conserver le lien avec leur expérience du bain de forêt. Je note souvent que l’état émotionnel des participants est comme amplifié, que les ressentis sont plus profonds.

Il existe aussi des bienfaits plus persistants, selon la durée et la répétition des temps d’exposition à la nature. Mais au quotidien, ces effets sont difficiles à connaître dans la mesure où ils nécessitent un suivi conséquent lourd à mettre en œuvre par une seule personne. En revanche, il s’agit d’un terrain de recherche pour des études scientifiques construites sur des protocoles robustes afin de mettre en évidence et valider les différentes découvertes et données qui en sont issues. 

 

J. R. : Avez-vous constaté une appétence particulière de certains publics spécifiques pour les bains de forêt ?

J. G. : Sur le bien-être et la prévention, je travaille avec un public adulte majoritairement féminin, entre 45 et 60 ans. D’autres intervenants vont se spécialiser sur les enfants. Chacun choisit en fonction de sa sensibilité et de ses compétences. De temps en temps, j’ai des demandes de la part de groupes constitués, familles, amis. Il peut arriver que des personnes viennent motivées par des problèmes de santé, mais elles restent en général sur cet objectif de bien-être. 

Côté curatif, l’une des grandes difficultés est de rentrer dans les milieux médicaux. Dans ce registre j’ai pu travailler avec des groupes sur des questions liées à la santé mentale. Il est plus fréquent que je réponde à des demandes individuelles de personnes sensibles aux bienfaits que la nature peut procurer sur la santé et souhaitant améliorer leurs conditions de vie avec leur maladie ou leur traitement. L’objectif de l’accompagnement qu’elles attendent est moins thérapeutique que de facilitation du lien qu’elles veulent nouer avec la nature et le vivant. La construction d’un programme de sorties, la durée et la répétition de celles-ci sont des points essentiels pour l’obtention d’un bénéfice réel. Cet accompagnement est important aussi pour palier les appréhensions suscitées par le fait d‘aller seul en forêt. 

 

J. R. : La thérapie forestière vous paraît-elle nécessiter des profils particuliers ou des formations spécifiques et d’en cadrer l'esprit et la pratique ?

J. G. : Pour moi, il n’y a pas de nécessité de profils particuliers. Ce qui compte surtout est l’intérêt et la motivation par rapport à la nature et au vivant. En revanche, pour la formation, clairement oui. Derrière les termes « bains de forêt » et « thérapie forestière » il y a des métiers qui émergent. Pour être visibles, identifiés, crédibles il faut qu’ils soient rattachés à des formations solides, reconnues. C’est la garantie pour les participants d’un socle de connaissances tant sur l’approche sensorielle, la nature et le vivant, que sur la sécurité, la construction d’un programme ou encore la gestion de groupes. En France, il n’existe aujourd’hui que des formations privées. Nous devons travailler à ce qu’elles soient identifiées, reconnues, voire prises en charge par des institutions publiques.

De la même manière, s’il existe quelques acteurs au niveau régional, nous manquons aujourd’hui en France d’organisations à même d’œuvrer au cadrage et à la reconnaissance de ces pratiques et de ces métiers. Il est nécessaire de donner de la lisibilité, pour permettre ensuite aux personnes ou structures intéressées de choisir telle ou telle pratique en connaissance de cause. L’action de la FFJNS pour les interventions basées sur la nature va dans ce sens. 

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(1) La table ronde organisée par la FFJNS lors de son Assemblée générale du 31 janvier dernier réunissait : Alix Cosquer, chercheuse au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive à Montpellier (34) ; Christine Sanchez, praticienne en sylvothérapie sur le bassin d’Arcachon (33), Jacques Girerd, guide de bains de forêt certifié et consultant en Interventions basées sur la nature dans le Parc naturel régional du Pilat (33).