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Infolettre n° 14, juillet 2026

Infolettre n°14 - Témoignage

Le nouveau Conseil scientifique de la FJJNS résolument ancré sur le terrain 

Guillaume Hamedi Sangsari et Octave Cohen, vice-président et président du Conseil scientifique de la FFJNSGuillaume Hamedi Sangsari et Octave Cohen, vice-président et président du Conseil scientifique de la FFJNS

À l’issue de la séance inaugurale du Conseil scientifique, qui s’est tenue en visioconférence le 23 juin, Octave Cohen et Guillaume Hamedi-Sangsari reviennent sur le parcours qui les a menés à la présidence et vice-présidence du Conseil scientifique de la Fédération. Ils soulignent leur volonté, avec tous les membres du CS, de faire dialoguer la science et le terrain, et de produire des outils concrets utiles aux praticiens et aux institutions.

Véronique Pierre : Avant de parler de votre rôle au sein du Conseil scientifique de la Fédération, pouvez-vous expliquer ce qui a conduit deux médecins généralistes à lancer l’initiative Les Blouses vertes, dont le slogan est « Prescrire des jardins, cultiver du soin » ?

Octave Cohen : Nous nous sommes rencontrés à la fin de nos études, avec une envie partagée de proposer des soins complémentaires aux soins conventionnels, notamment aux patients souffrant de maladies chroniques, en nombre croissant et auxquels notre médecine peine à répondre convenablement. Nous nous sommes tournés vers des solutions d’éducation thérapeutique et d’ateliers thérapeutiques et, en 2020, nous avons créé ensemble un cabinet à Saint-Fons près de Lyon. Nous y avons tissé des liens avec une association locale très active, l’Espace créateur de solidarités (ECS), et comme elle avait des jardins partagés, nous lui avons proposé de créer ensemble des ateliers jardins, destinés à la fois au public qu'elle accueillait et à nos patients. 

Cette expérience spontanée et bénévole nous a décidés après quelques années à nous professionnaliser dans ce domaine. Nous avons affiné notre projet en nous faisant accompagner par un incubateur en économie solidaire, Ronalpia, et, en 2025, nous avons lancé l’initiative Les Blouses vertes, pour accompagner les associations et les établissements de soin qui souhaitent utiliser le jardin comme lieu et outil de soin. Concrètement, nous pouvons les former à l’animation et au soin au jardin, les aider en amont pour réfléchir aux usages thérapeutiques, en aval pour évaluer leurs pratiques. Ponctuellement nous pouvons aussi, mais nous ne sommes pas paysagistes, les conseiller pour la conception de jardins.

V.P. : Et quelle est la suite de votre parcours jusqu’à la présidence et vice-présidence du Conseil scientifique ?

Guillaume Hamedi-Sangsari : Il se trouve qu’en octobre 2024 la Fédération a organisé un colloque à quelques kilomètres du cabinet, à Bron, où nous l’avons pour la première fois rencontrée. Nous l’avons retrouvée l’année suivante, en octobre 2025, à Saint-Antoine-l’Abbaye en Isère, pour le séminaire de l’association Binettes et compagnie dans lequel elle était aussi impliquée. Entre temps nous avions créé Les blouses vertes, adhéré à la Fédération, établi des liens avec d’autres adhérents. C’est à Saint-Antoine-l’Abbaye que nous avons fait la connaissance du président de la Fédération, Philippe Walch. Il nous a parlé de son projet de création d’un Conseil scientifique, et fait part de son intérêt pour notre profil, à la fois médical, donc scientifique, et de terrain. Puis les échanges ont continué, avec lui et avec Audrey Villon, vice-présidente de la Fédération, et ils nous ont finalement proposé de présider le CS.

V.P. : Aviez-vous déjà une expérience dans ce type d’instance ?

O.C. : Dans un Conseil scientifique, non. Mais en tant que médecins coordonnateurs, nous avons l’habitude de créer du lien, d’organiser des réunions de concertation, d’animer un travail de réflexion collectif et pluridisciplinaire, de prendre en compte différents points de vue et d’en faire une synthèse. 

G.H.-S. : Et il y a des questions à traiter en CS que nous avons traitées, à notre niveau, pour élaborer les outils d’évaluation proposés dans le cadre des Blouses vertes : comment harmoniser les pratiques en respectant les initiatives de chacun ; comment trouver le juste équilibre entre les demandes, venant de la science et des institutions, de documenter les actions, et le manque de moyens des acteurs de terrain pour répondre à ces demandes.

V.P. : Et au final, pourquoi avez-vous accepté la responsabilité de présider le CS ? 

O.C. : Pour l'opportunité que nous offre le Conseil scientifique de nous confronter à différentes visions du soin, notamment celles de membres très ancrés dans les pratiques de terrain, et de réfléchir à ces pratiques, non de façon verticale, mais par un véritable dialogue entre la science et le terrain. Et pour contribuer ainsi aux missions de la Fédération, auxquelles nous adhérons complètement, qui sont de soutenir et promouvoir les métiers du soin par la nature. 

V.P. : La séance inaugurale, qui vient d’avoir lieu, a-t-elle en ce sens répondu à votre attente ?

O.C. : Oui, tout à fait ! Nous étions un peu inquiets, ces échanges en visioconférence ne sont pas toujours aisés, surtout avec un nombre relativement important de participants — treize des quatorze membres (1) ont pu être présents — dont certains se rencontraient pour la première fois. Mais il y a eu une belle circulation de la parole, chacun a pu poser sa vision des choses, mettant en évidence l’intérêt de la complémentarité des profils. En même temps, des désirs communs sont rapidement apparus, celui que les travaux, tout en étant scientifiquement rigoureux, soient avant tout basés sur la réalité du terrain : celui également de ne pas rester dans un entre-soi stérile, mais que ce soit concret, et utile aux praticiens et aux institutions. 

G.H.-S. : Les points à l’ordre du jour étaient de faire connaissance, partager le contexte d’émergence du CS, décider des modalités de fonctionnement, et définir les premières priorités (1). Nous n’avons pas réussi à fixer complètement des objectifs concrets, mais nous avons défini le cadre.

Nous avions diffusé en amont de la réunion des propositions de thématiques, et invité chacun à noter celle jugée prioritaire. Un consensus s’est dégagé pour travailler sur la sémantique, également sur les bonnes pratiques.   

Le premier objectif du chantier sur la sémantique sera d'adopter un langage commun au sein du CS, pour s'assurer que, malgré la diversité de leurs profils, les membres parlent bien tous le même langage. Par exemple faut-il parler de santé ou de thérapie ? Qu'entend-on par prescription de nature ou médiation végétale ? Les recommandations produites pourront ensuite être mises à disposition d'un public plus large. Il ne s'agira pas de tout réinventer, beaucoup d'éléments ont déjà été rassemblés par la Fédération grâce aux groupes de de travail Référentiel professionnel et Bibliographie, veille scientifique ; l'ouvrage sur l'écothérapie paru récemment (2), dont l'un des coauteurs, Thomas Busigny, est membre du CS, constitue également une source intéressante.

Avec le chantier sur les bonnes pratiques, le CS souhaite établir un référentiel sur ce que font les métiers du soin par la nature, et comment ils le font, afin d’aider les praticiens à obtenir une reconnaissance institutionnelle.

V.P. : Concrètement, comment vous organisez-vous pour assurer la gouvernance du CS ?

O.C. : C’est un travail d’équipe, une équipe qui fonctionne bien et qui est non pas un duo mais un trio, puisque le bureau du CS comprend aussi un rôle de secrétaire, confié à Clara David, ingénieure du paysage. Son apport est précieux car elle a déjà une grande expérience professionnelle, très ancrée sur le terrain, dans la conception de jardins, l’animation d’ateliers thérapeutiques en jardin, la formation. Au-delà des attributions officielles de chacun, nous nous répartissons les tâches aussi au cas par cas, en fonction des besoins.   

V.P. : Le CS est-il en relation avec les autres instances de la Fédération ?

O.C. : L'interlocuteur privilégié du CS est le Conseil d’administration (CA). C'est lui qui a nommé ses membres et défini ses missions (3). Philippe nous avait indiqué que le CS devait préserver une certaine indépendance vis-à-vis du CA, nous l’avons pris au mot ! Cela nous semble important, pour rester solides d’un point de vue éthique et méthodologique. Le CA doit composer avec des contraintes — d’urgence, de représentation, de politique — qui engendrent une temporalité pas forcément compatible avec celle de la science.

G.H.-S. : Il y a aussi les huit groupes de travail (4). Ce que produit chaque groupe doit être bien intégré par le CS et vice-versa, afin d’avancer dans le même sens et éviter les redondances. Un temps d’échange annuel est prévu entre les représentants des groupes et le CS. Nous verrons aussi comment se consulter et se solliciter mutuellement sur des questions communes. 

V.P. : Comment envisagez-vous la suite ? Êtes-vous confiants, avez-vous des réserves ?

O.C. : Les membres du CS sont bien conscients des difficultés de l’exercice : va-t-on réussir, avec une telle diversité de contextes et de profils, à trouver un accord sur les livrables à produire ? À ne pas nous essouffler malgré nos emplois du temps chargés et le travail à distance imposé par l’éparpillement géographique ? À ne pas sombrer dans une réflexion sans fin qui débouche sur pas grand-chose de concret ? 

G.H.-S. : Notre objectif reste bien que le CS produise des recommandations concrètes. Une des clés de la réussite est que les membres du CS ne limitent pas leur implication aux réunions trimestrielles, qui devront plutôt être des temps de restitution et de synthèse. Les temps de production doivent pouvoir s’organiser en continu, notamment en créant des sous-groupes de travail. Nous veillerons à instaurer ce mode de fonctionnement. Clara, qui assure la communication interne, s’emploie déjà à maintenir la dynamique entre les réunions.  

Une fois les recommandations produites (elles le seront !), notre objectif final est que le système de soin en tienne compte, or nous connaissons bien les risques en la matière : résistance des praticiens s’ils les trouvent trop normatives, désintérêt des institutions si elles concluent le contraire… La nécessité de trouver un juste équilibre a été abordée dès la séance inaugurale, le CS sera vigilant sur ce point.

O.C. : Les difficultés existent bien, mais au moins nous les avons identifiées. Nos premiers pas dans la gouvernance du CS nous incitent à la confiance. À eux tous les membres du CS réunissent beaucoup d’expertise, avec une belle complémentarité. Leur forte adhésion dès la première réunion, la qualité de leurs échanges, leur volonté d’aboutir à un résultat concret et directement utile sont des signes positifs pour la suite. 

(1) Les membres du Conseil scientifique de la FFJNS sont présentés à la page « Conseil scientifique »,  https://f-f-jardins-nature-sante.org/federation/conseil-scientifique

(2) L'écothérapie, fondements et pratiques, par Egide Altenloh, Thomas Busigny, Yann Desbrosses, Nolwenn Lécuyer, Steven Richebourg, Charlotte Roura, Eva Turconi. Deboeck Supérieur, octobre 2025, https://www.deboecksuperieur.com/livre/9782807367500-l-ecotherapie

(3) Les missions du Conseil scientifique de la FFJNS figurent dans le règlement intérieur de la FFJNS, https://f-f-jardins-nature-sante.org/federation/docs-fondateurs/reglement-interieur

(4) Les groupes de travail de la FFJNS sont présentés à la page « Missions & actions », https://f-f-jardins-nature-sante.org/federation/missions-actions